Projet Européen IKIGAI : l’internet physique à l’épreuve de la Seine

Et si la logistique s’inspirait d’Internet ? C’est l’idée, à la fois simple et ambitieuse, de l’Internet Physique.

 

L’expression Physical Internet apparaît pour la première fois dans la littérature au début des années 2000. Elle sera ensuite reprise et conceptualisée comme un nouveau paradigme logistique par le monde académique et développée par l’intermédiaire de plusieurs projets de recherche. Le principe : appliquer au transport de marchandises quelques-uns des ingrédients qui ont fait le succès d’Internet, interconnexion, protocoles communs, standardisation et circulation au sein d’un réseau ouvert.

 

Sur le papier, la promesse est séduisante ; elle vise à mieux utiliser les infrastructures et les moyens de transport, limiter les kilomètres inutiles et, à terme, réduire les émissions. Mais entre le concept et sa mise en œuvre, quelques détails (et non des moindres) restent inévitablement à régler : enjeu du partage de données, des systèmes d’information, adaptation des organisations, réglementation, modèles économiques…

 

C’est cet objectif que poursuivent notamment les acteurs réunis au sein du réseau européen d’innovation ALICE, qui planifient une mise en œuvre progressive de cette vision sur le plan opérationnel d’ici à 2040, contribuant à l’objectif de décarbonation du transport de marchandises à l’horizon 2050.

 

Ikigaï : de la vision au terrain

 

C’est en outre autour de ce concept qu’intervient Ikigaï*, en tant que projet de recherche et d’innovation co-financé par l’Union européenne dans le cadre d’Horizon Europe, sur une durée de 42 mois.

L’ambition du projet Ikigaï, qui réunit 32 partenaires issus de toute l’Europe, est d’analyser cinq innovations logistiques concrètes et de les accompagner dans leur développement en tant que pilotes préfigurant le déploiement de l’internet physique.

 

Au sein du consortium, Interface Transport apporte son expertise de la logistique urbaine et fluviale, avec l’objectif très concret de confronter les concepts développés aux réalités de l’exploitation.

 

À Paris, la cyclologistique au fil de l’eau 

 

Notre équipe est en charge du suivi et la mise en œuvre du cas d’usage parisien, en appui de l’exploitant Fludis, dont le modèle donne à ces principes un visage concret.

Fludis opère aujourd’hui un service de livraison du dernier kilomètre, original à plusieurs égards.

 

Les marchandises de ses clients arrivent tôt le matin par la route jusqu’à son hub logistique parisien, sont préparées puis chargées sur un bateau entrepôt à Bercy (quai d’Austerlitz). Ce bateau à motorisation électrique parcourt ensuite près de 5 kilomètres sur la Seine jusqu’au port du Gros Caillou. Pendant ce temps, les livreurs préparent leurs tournées. Une fois à quai, ils partent à vélo-cargo effectuer les livraisons au cœur de la capitale.

 

Une organisation innovante qui associe transport fluvial (en tant que hub mobile) et cyclologistique pour traiter le dernier kilomètre.

 

Depuis l’été 2025, Interface Transport se rend ainsi sur le terrain et documente l’exploitation : flux, volumes, horaires, ressources mobilisées, organisation des tournées, points de friction, de la commande passée la veille au retour des derniers vélos dans l’après-midi.

 

En avril, Fludis a livré plus de 14 000 colis en combinant à la fois transport fluvial et cyclologistique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Embarquement des colis et des vélos cargo de bon matin (Quai d’Austerlitz, Paris) © Interface Transport

 

De l’innovation à la standardisation

Le modèle FLUDIS repose sur une organisation logistique unique, combinant plusieurs modes de transport et plusieurs étapes opérationnelles au sein d’une même chaîne. Comme toute innovation, son fonctionnement s’inscrit dans une phase de développement et de maturation : les processus se précisent avec l’expérience, les pratiques se structurent et les données accumulées permettent progressivement de mieux caractériser les capacités du système.

 

Pour Fludis et les partenaires mobilisés à nos côtés (CERTH et Les Mines Paris), la collecte de données sur plusieurs semaines permet de comprendre précisément comment ce modèle fonctionne et s’adapte au quotidien. Elle permet en outre d’identifier progressivement ce qui peut être standardisé, partagé et, demain, interconnecté. C’est l’essence même de ce projet que de pouvoir pointer les leviers d’optimisation et de performance du modèle en homogénéisant les manières de faire (tournées multi-clients, remontées d’information, notamment).

 

Les prochains mois permettront de tester de nouvelles organisations et de nouveaux processus autour de ce cas d’usage et d’alimenter les analyses et résultats d’Ikigaï.

 

 

Préparation des tournées à bord du bateau entrepôt © Interface Transport

 

 

Interface Transport, toujours plus européen 

 

Après DECARBOMILE, IKIGAI marque une nouvelle participation d’Interface Transport dans un projet européen de recherche et d’innovation consacré à la transformation de la logistique.

 

Ces projets nous permettent de confronter notre expérience de terrain à des approches, des innovations et des expérimentations menées dans d’autres territoires européens.

 

Elles enrichissent notre regard et alimentent nos études sur les évolutions et les tendances du secteur.

 

 

 

*Ce projet a bénéficié d’un financement du programme de recherche et d’innovation « Horizon Europe » de l’Union européenne au titre de la convention de subvention n° 101202912. Les points de vue et opinions exprimés n’engagent toutefois que leur(s) auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne ou de l’autorité octroyant la subvention. Ni l’Union européenne ni l’autorité octroyant la subvention ne sauraient en être tenues pour responsables.

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